Un texte que j’ai écrit en novembre, que j’avais oublié dans un coin et que j’ai finalement retrouvé. Les critiques sont les bienvenues.

2070 science fiction

Je m’appelle Laura, je suis née en 2050.

Je grandis, j’ouvre les yeux, je me demande comment nous en sommes arrivés là.

Je vis en Europe, un continent enfin unifié en nation avant ma naissance. Nos frontières s’arrêtent à la mer Noire, à la Biélorussie et à l’Ukraine à l’est. J’y suis allée une fois, j’ai vu ces murs hauts de plusieurs mètres, j’ai vu les miradors. Ma mère m’a expliqué que c’était pour me protéger et j’ai intérieurement remercié.

Maintenant je comprends. Me protéger de cette horde de démunis, de cette pauvreté inhumaine, de ce monde qui a sombré dans la folie. Nous avons abandonné une partie des hommes.

Je crois que tout a commencé au début des années 2000, le Califat n’occupait alors qu’une partie de la Syrie. Ses ambitions étaient plus grandes : éradiquer les formes de pensées qui s’opposeraient à la leur. Il y a eu des attentats : Paris, Madrid, Londres, Berlin, New York, Athènes, la liste est longue. Il y a eu des représailles, ici et partout dans le monde. Nous avons perdu notre lucidité. Mes grands-parents sont allés aux urnes massivement, ils ont voté pour la sécurité.

Les représailles ont continué, mais nous nous sommes trompés de cible. Pour une personne tombée ici, une dizaine partaient, promis à un avenir meilleur : du travail, une vie de famille, une vie sans stigmate. Nous avons créé notre propre monstre.

Le mur était là avant ma naissance. Construit pour endiguer le flot de réfugiés, le flot de combattants. Endiguer ? Plus aucun réfugié ne rentre désormais en Europe. Nous ne comptons plus non plus les cadavres s’entassant aux pieds des tourelles thermiques. Personne ne surveille notre frontière. Personne n’a de sang sur les mains.

Les voix révoltées sont écrasées. La peine de mort n’existe plus, mais la sentence suprême est peut-être pire : l’exil. Si vous pensez comme eux, si vous les défendez, vous êtes l’un des leurs. De l’autre côté du mur, pas de nouvelles, vous n’existez plus.

Ma révolte est intérieure. Ce monde ne me convient pas. Une question commence à tourner dans ma tête. Comment aurions-nous pu éviter ça ? Qu’aurais-je fait ? J’aimerais dire que j’aurais voté pour l’ouverture et non pour le repli, que j’aurais choisi la tolérance plutôt que l’amalgame, que j’aurais accueilli la différence.

La vérité, c’est que dans le monde dans lequel je vis, je ne connais pas la liberté mais je n’ai jamais connu la peur.